Dans un rapport sur le « Résultat de l’exécution du budget », le ministère a expliqué que cette aggravation est due à la hausse des dépenses et plus particulièrement celles de gestion, passant de 1,7 milliard d’euros en mars 2019, à près de deux milliards d’euros en mars 2020, ce qui correspond à une augmentation de près de 15%, contre une baisse des recettes propres, notamment les recettes fiscales de 8%, à 2,13 milliards d’euros.

Le rapport a fait état, aussi, de la hausse des ressources d’emprunt et de trésorerie de 16,5%, à près de 957 millions d’euros, en raison, essentiellement du renforcement des ressources de trésorerie de 80%, passant de 198 millions d’euros à la fin du premier trimestre 2019 à 350 millions d’euros, en mars 2020.

Les dépenses de développement ont chuté de 50%, pour se situer au niveau de 213 millions d’euros, en mars contre 414 millions de dinars en 2019.

L’agence américaine de notation « Fitch Ratings » avait annoncé, dernièrement, avoir revue à la baisse la notation souveraine de la Tunisie de « B + » assortie de perspectives « négatives » à « B », avec perspectives « stables ».

Cette dégradation est due à l’aggravation des déséquilibres macroéconomiques persistants et la détérioration des courbes de la dette extérieure et de la dette publique, en raison des perturbations économiques dues au choc de la pandémie de coronavirus, a expliqué l’agence.

Selon la même source, l’économie tunisienne connaîtra sa plus forte récession jamais enregistrée cette année, avec un arrêt temporaire du processus d’assainissement budgétaire, une nouvelle augmentation significative de la dette extérieure nette et de la dette publique, dont les ratios sont déjà élevés.

L’agence a expliqué que le déficit courant de la Tunisie continuera de dépasser les médianes actuelles de la catégorie « B » au cours des deux prochaines années et ce, malgré un certain soulagement suite à l’effondrement des prix du pétrole de référence, que l’agence prévoit en moyenne de 35 dollars le baril en 2020, contre 64 dollars le baril en 2019.

Fitch prévoit ainsi que le déficit courant se stabilisera à 9% du PIB en 2020, bien au-dessus de la médiane « B » prévue de 5,2%, car la baisse des recettes extérieures est compensée par une baisse des importations d’énergie ainsi qu’une contraction de l’investissement intérieur et une compression de la demande.

D’après Fitch, le déficit courant ne diminuera que modérément à 7,8% du PIB en 2021 (médiane de la catégorie B prévue de 4,5%) à condition que les exportations se redressent.

Elle a précisé que les déficits courants persistants depuis 2011 ont été principalement nuancés par des emprunts poussant le niveau de la dette extérieure nette de la Tunisie pour atteindre 77% du PIB en 2019, l’un des niveaux les plus élevés parmi tous les pays émergents notés par Fitch.

En avril, l’agence de notation Moody’s avait mis en garde le gouvernement tunisien et l’a sommé de contrôler sévèrement ses dépenses, sous peine de dégrader sa notation (rating), de façon à rendre plus difficile et plus couteux son accès aux emprunts internationaux.

Dans ce sens, le chef du gouvernement tunisien Elyes Fakhfakh avait annoncé que son pays aura besoin de cinq milliards d’euros pour boucler son budget 2020.

« Le budget prévoyait déjà un financement externe de 8 milliards de dinars, soit un peu plus de 2,5 milliards d’euros, je pense que ce chiffre-là va au moins doubler », a déclaré M. Fakhfakh dans un entretien télévisé à la chaîne internationale « France 24 ».

« Nous sommes en train de voir toutes les pistes aussi bien au niveau international que national », a-t-il ajouté. La loi de finances tablait initialement sur un budget de total de 47 milliards de dinars (15 milliards d’euros), dont quasiment un cinquième de ressources externes.

« Cela peut être pire, tout dépend de la reprise mondiale », a souligné M. Fakhfakh.