Contacté par Lactu24, Youssef El Alaoui, cofondateur de la société technologique Mobiblanc, délivre sa vision du secteur IT et des défis à relever par les PME pour assurer la pérennité du tissu entrepreneurial marocain.

Face à la demande continue en solutions technologiques et à l’habilité à travailler à distance, les entreprises opérant dans le digital ont pu faire face à la crise, voir en profiter. «La crise a touché l’ensemble de l’économie marocaine, si le secteur IT est un peu épargné, c’est grâce au télétravail, à l’adaptation des ingénieurs et à la mise en place rapide et efficace des processus technologiques pour maintenir la productivité», explique Youssef El Alaoui.

Un mal pour un bien

Pour les plus optimistes, cette crise est une grande opportunité pour accélérer la transformation numérique des entreprises et favoriser l’évolution des acteurs privés et publics vers des modèles qui reposent davantage sur la digitalisation.

Un changement de mentalité est ressenti déjà ! Depuis le début de la crise, l’écosystème prend de plus en plus conscience de l’importance de la digitalisation pour accélérer la création de la chaîne de valeurs, minimiser les coûts et simplifier les procédures.

«On est passé d’un coup, d’un Maroc 1.0 à un Maroc 4.0», se réjouit Youssef El Alaoui, notant qu’il y a une prise de conscience générale par rapport à la digitalisation et la simplification des services, notamment avec les nouvelles lois pour la simplification des procédures, la légalisation des documents et la soumission électronique aux marchés publics.

    «Il y a un sentiment global d’insécurité»

La réactivité et l’engagement des clients est un facteur essentiel pour assurer la pérennité de l’activité économique. Avec la crise actuelle les entreprises sont de plus en plus méfiantes et la lenteur dans la prise de décisions n’est pas sans conséquences. «Chez Mobiblanc, heureusement qu’on travaille avec des entreprises qui sont elles même pas très touchées par la crise, notamment dans le secteur de la télécommunication, cependant et en général nous avons senti une lenteur dans la prise de décisions», précise M. El Alaoui.

Cette lenteur est due principalement à l’incertitude de l’ensemble des acteurs économiques. En attendant d’avoir plus de visibilité sur l’avenir, plusieurs projets demeurent en stand-by. «Signé un projet, une facture, prendre une décision, ça ne se fait plus rapidement ! S’il y a des clients qui ont peur de l’avenir et tentent tant bien que mal de garder un peu de marge de manœuvre en minimisant les investissements, d’autres ont simplement du mal à prendre une décision à distance et à s’engager. Ils ont pris l’habitude du papier, de la bureaucratie et du circuit de work flow», explique-t-il.

PME : la sinistralité à l’épreuve du Covid-19

Face à l’incertitude et aux doutes, le fléau des délais de paiement s’accentue ! Alors qu’elles représentent plus de 90% du tissu économique marocain, de plus en plus de PME ont du mal à se faire payer leurs factures. «Depuis le début de la crise, de gros clients ont commencé à freiner les paiements malgré la circulaire du ministère des finances qui incite les grandes entreprises à respecter les délais. La PME marocaine est déjà très fragile, avec la crise actuelle sa survie est menacée», déplore Youssef El Alaoui qui estime qu’en cette période difficile les délais de paiement devraient au contraire être avancés de la part de l’état et des grandes entreprises privées pour protéger le tissu entrepreneurial marocain.

Pendant cette période de flottement et face aux incertitudes, les investissements se font également de plus en plus rares, le coronavirus pourrait rapidement plonger l’économie marocaine dans la récession. Redémarrer la machine économique est une nécessité pour assurer la relance post crise.

« Il ne faut surtout pas arrêter les investissements, plutôt  les encourager et créer de nouveaux chantiers qui vont apporter de la valeur, notamment dans le digital ! Si le gouvernement a exprimé sa volonté de maintenir l’investissement c’est au tour des grandes entreprises de suivre l’exemple, notamment les sociétés de télécommunications et les banques», conclut-t-il.