De nombreuses interrogations restées sans réponses ont été soulevées autour de l’intérêt accordé à cette approche du genre dans les politiques publiques et de l’inaccessibilité des femmes à l’espace public, une inégalité inadmissible contre laquelle il faut réagir.

Pour le modérateur de ce débat, l’enseignant-chercheur en économie territoriale, Rabii El Ouafoudi, la cause de la femme fait partie des gênes et des préoccupations majeures du PPS, qui lui réserve une place de choix dans ses plans d’action et sa littérature.

C’est pourquoi, il lui accorde un intérêt particulier dans ses initiatives pour que l’égalité homme-femme et la question de la parité se réalisent et deviennent un des outils structurants des politiques urbaines et de la démocratisation de la vie sociale.

 

Dans sa tentative de cerner le concept du genre en lui-même, Ibtihal Benharoual, doctorante chercheuse en genre et politique publique est revenue sur l’évolution des recherches en la matière. Elle a rappelé que c’est la psychanalyse qui est à l’origine de l’apparition de la notion du genre, reprise plus tard par les chercheurs qui se sont aperçus de la nécessité de distinguer entre les dimensions biologique et culturelle.

En parlant du genre, on ne se limite pas au féminin et au masculin. Les recherches ont montré le besoin de tenir compte du contexte culturel et social et des inégalités inhérentes aux relations sociales qui en découlent.

C’est ainsi que l’on distingue à présent dans le cadre de l’approche genre non seulement entre l’homme et la femme mais également les membres de la communauté LGBT.

 

Quant à Hicham Berra, expert en développement urbain et ex- directeur de la politique de la ville (le premier dans le pays), il a souligné que ce qui comptait surtout pour son département c’est d’améliorer le cadre de vie des citoyennes et citoyens sur un pied d’égalité pour le rendre agréable, plus accueillant et moins stressant pour tous sans distinction aucune.

En chiffre, quelque 70 villes ont profité de cette action qui avait également permis la mise à niveau de pas moins de 650 quartiers sous équipés et 670 centres ruraux.

Dans le but de permettre à tout le monde d’accéder sans discrimination aucune à un espace public, il est nécessaire, a-t-il expliqué, d’en être d’abord conscient et de faire en sorte de le traduire dans la réalité.

En lançant la politique de la ville, c’était surtout pour renforcer la cohésion sociale et promouvoir l’accessibilité aux différents services sociaux et d’en tenir compte dans tout projet de création d’un espace public, a-t-il dit, sachant que la réussite d’une telle entreprise requiert une véritable convergence de diverses actions sectorielles.

Ce qui n’est pas le cas comme on peut le constater de visu au niveau par exemple des terrains de proximité, qui ne sont utilisés que par des garçons à l’exclusion des filles.

Et pourtant beaucoup d’efforts ont été déployés au niveau de l’éclairage et de l’installation de bancs dans l’espoir d’encourager les femmes à accéder à ces espaces publics.

Abondant dans le même ordre d’idées, Jacques Barbier, un expert suisse en urbanisme, installé depuis une longue date au Maroc a soulevé la même question de savoir qu’est ce qui empêche les femmes marocaines d’accéder aux espaces publics.

Pour lui, le problème ne se limite pas au Maroc où l’espace public, tel qu’il est conçu, est destiné d’abord aux hommes, reconnaissant toutefois l’existence de courants progressistes qui œuvrent pour permettre aux femmes d’occuper une place plus visible et plus active dans l’espace public et de sortir par la même de la tradition.

 

Dans ce cadre, la direction de la politique de la ville avait réalisé une étude pour définir ce qui devait être fait pour rendre ces espaces aussi accueillants pour les hommes que pour les femmes et inclusifs, sachant que tout progrès réalisé dans ce sens va profiter aux deux parties.

Cette étude a permis d’établir un guide comportant une série de recommandations aux différents intervenants dans l’acte de construire de l’espace public, qui tiennent compte de la vision des femmes. C’est ainsi que le thème de la sécurité occupe une place centrale dont il faut tenir pour permettre aux femmes d’en profiter.

Il a cité aussi plusieurs autres points à prendre en considération dans le cadre des changements à réaliser dans le cadre de l’ameublement urbain, sachant que tout cela ne suffit pas à réconcilier la femme avec l’espace public.

Elle le « boude » non pas seulement pour toutes ces raisons évoquées par les animateurs de cette table ronde, mais plutôt pour d’autres considérations d’ordre culturel, éducatif, pédagogique, religieux, ethnique sans oublier ni la honte (LAHH-CHOUMA) de se monter en public, ni la peur du harcèlement et des violences de tous genres faites aux femmes, a-t-on soutenu au cours du débat passionnant ayant sanctionné cette rencontre.

 

Selon les participants, l’accessibilité de la femme à l’espace public est tributaire entre autres des progrès démocratiques réalisés au niveau du modèle de développement sociétal et économique, de l’autonomisation de la femme en général et des perceptions qu’elle se fait d’elle-même.