Dans le cadre des mesures préventives prises par le gouvernement marocain pour stopper la propagation du Coronavirus, plusieurs manifestations  artistiques et culturelles  ont été reportées jusqu’à nouvel ordre. Des festivals annulés, des théâtres et des salles de cinéma fermées, la culture marocaine est  mise à nu  avec le Covid-19.

«Nous attendons toujours quelque chose de la part du Ministère de la Culture parce qu’il n’y a rien jusqu’à présent.  On se bat à  notre niveau, mais on est hyper affecté par la crise, parce que rien ne marche. On n’a pas  vendu un seul livre depuis 10 jours», a affirmé à l’actu24 Abdelkader Retnani , vice-président Général de la Fédération des Industries Culturelles et Créatives (FICC) et éditeur. Et d’ajouter : «Nous sommes solidaires avec tout ce que vient de prendre comme décisions prises par le gouvernement parce que c’est une grave crise qu’on n’a jamais vue depuis la peste du 18 ème siècle.  En travaillant sur cette situation, nous avons envoyé un questionnaire à tous nos membres parce que  nous sommes très affectés par cette crise».

Selon Retnani, la situation est dramatique, mais les professionnels du secteur  restent solidaires parce que la crise touche tous les secteurs.

 

Un secteur fragile…

La filière de la musique est frappée quant à elle par la crise à cause du Covid-19. En effet, plusieurs manifestations musicales dont le festival Mawazine Rythmes du monde, Timitar, le festival des musiques sacrées du monde et bien d’autres sont mises en stand-by. Pour le manager culturel et directeur artistique du festival Timitar, cette crise prouve à quel point le secteur culturel est un  domaine qui est extrêmement fragile, voire éphémère.

Aujourd’hui, et au cœur de cette crise «inédite», les professionnels ont joué le jeu en annulant bien évidemment leurs manifestations pour des raisons d’abord éthiques mais aussi pour d’autres  qui  peuvent être à la fois économiques et financières. Car, explique-t-il, les partenaires ne peuvent pas continuer vu la fragilité de la situation.

«Ça prouve aussi qu’il n’y a aucune compensation imaginable aujourd’hui  pour ce secteur parce qu’il dépend principalement des indépendants.  Et le ministère de tutelle n’est pas dans la commission qui a été composée autour de Moulay Hafid Elalamy. Donc, pour nous,  le souci de l’annulation de manifestations qui  arrivent dans les deux mois ou trois mois, c’est comment remonter la pente quand on va retrouver la sérénité.»

Pour lui, c’est là où il y a un peu le souci ! Et d’ajouter : «quand on dit nous on vise les professionnels du secteur qui ont des entreprises ou  des associations, mais aussi tous les gens qui travaillent autour de la culture et qui sont très nombreux.»

 

Le secteur des arts du spectacle est-il le plus touché ?

Messaoud Bouhcine, président du Syndicat marocain des professionnels des arts dramatiques, a indiqué que le secteur des arts du spectacle est le secteur le plus frappé par cette crise parce qu’il fait partie des  premières mesures qui ont été prises notamment en annulant les festivals, les spectacles des arts vivants qui réunissent un public assez large, et qui pourront contribuer à la propagation du Covid-19.

«Aujourd’hui, la crise coïncide avec la période où les entreprises artistiques et culturelles travaillant dans les domaines de la musique et de théâtre connaissent une dynamique remarquable, et ce jusqu’à la période estivale. Rappelons aussi que le travail dans le secteur des arts vivants est un travail saisonnier», a affirmé Bouhcine.

Selon lui, le secteur culturel national a connu une régression qui est due essentiellement  au retard du lancement de la saison culturelle et artistique. «Les gens n’ont pas encore reçu les tranches de la subvention au titre de l’année 2019. Ainsi, le secteur culturel, avant même le Coronavirus, a été victime de la mauvaise gestion», a-t-il dit.  D’après ses dires toujours, plusieurs tournages ont été arrêtés sachant que le mois de Ramadan s’approche à grands pas. Ce dernier, a-t-il ajouté, crée des offres d’emploi importantes pour un bon nombre d’artistes et de comédiens.

 

Et le secteur muséal dans tout cela ?

Les musées placés sous la tutelle de la Fondation Nationale des Musées (FNM) ont fermé, dès lundi dernier, et jusqu’à nouvel ordre leurs portes. Ainsi, les expositions «illusions enchantées, grandes figures de la modernité africaine», «Delacroix, souvenirs d’un voyage au Maroc» ainsi que la rétrospective de l’artiste marocain Fouad Bellamine placée sous le thème «Entrée en matière» sont reportées à une date ultérieure.  «Le secteur muséal  sera  touché par cette crise.  Quant à nous, nous sommes obligés de reporter toute la programmation culturelle qu’on a mise en place. Toute notre programmation sera reportée jusqu’à une date ultérieure ! », nous affirme Abdelaziz El Idrissi, Directeur du musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. Certes, dit-il, c’est un volet qui va être touché alors que les autres volets ne vont pas forcement être touchés parce que ça va donner à la direction la possibilité de travailler en interne, et de travailler sur les collections, de travailler sur l’inventaire, sur les expositions et d’effectuer le travail scientifique.