Ce documentaire «Talking about Trees» relate l’histoire de quatre réalisateurs soudanais qui se battent pour rénover une vieille salle obscure  à la capitale du Soudan,  Khartoum.  Les quatre vieux amis œuvrent  pour la transmission et partager la culture de l’image et du  cinéma avec la population. Une vraie découverte pour les cinéphiles et les amoureux du 7ème art.

Pour le réalisateur, ce film est le premier  long-métrage tourné depuis plus de trente ans à Khartoum sous le régime autoritaire d’Omar al-Bashir. A l’occasion on a rencontré l’un des personnages principaux de «Talking about Trees», le réalisateur Mohamed Ibrahim Suleiman qui a nous livré son regard  et sa vision sur le cinéma de son pays déchiré par les guerres.

«J’ai fait mes études de cinéma à l’institut  VGIK à Moscow entre 1973 et 1978. En retournant au Soudan, j’ai découvert que d’autres collègues ont fait leurs études notamment en Égypte et même ailleurs dont Ibrahim Shaddad qui était en Allemand (1964). Il y avait d’autres personnes qui ont fait leurs études en Romanie, en Bulgarie.  À cette époque là, les pays de  l’Union des républiques socialistes soviétiques ont ouvert leurs portes aux pays du tiers-monde pour étudier et apprendre le 7ème», nous confie Mohamed Ibrahim Suleiman.

 

Le cinéma…un rêve collectif

Chaque époque a sa génération et ses cinéastes. En outre, les années 60 et 70 ont été marquées par l’émergence des cinématographies du tiers-monde et des  nouvelles vagues. Et le cinéma était entre autres un moyen de transmettre toute une vision  du monde.

«À l’institut où j’avais étudié, il y avait plusieurs spécialités dont le film d’auteur, le documentaire, le film d’animation. La formation était marquée par les débats esthétiques  et cinématographiques dans  la période des années 60 et 70 où le monde vivait des mouvements des jeunes et des révoltes. C’était une époque des grands rêves. », a-t-il fait savoir. Et d’ajouter : «On a étudié aussi avec des étudiants issus du monde arabe dont les réalisateurs Houssam Mhamed, Abdelatif Abdelahamid. En revanche, dans notre pays, on n’a pas pu faire le cinéma vu l’absence de la liberté de création et d’expression. », a-t-il ajouté. «Talking about Trees» traite aussi ce rêve collectif : faire le cinéma dans un  contexte politique perturbé et  instable qui réfute tout ce qui est artistique.

 

Une période sombre sous le régime Omar al-Bashir

«L’expérience qu’a vécue le Soudan pendant  la période des  islamistes est une leçon de vie pour les autres pays arabes.  Pourtant, pendant  ses 30 ans de gouvernance des  islamistes  ont été durs pour le pays. On a vécu des jours noirs avec ses gens qui ont été marqués  par l’harcèlement, la menace et la poursuite des opposants du système. Ces gens  ont été contre les arts et le cinéma en particulier. Au début, ils ont commencé par démolir les statues, les sculptures, déchirer les toiles et interdire la musique.», a-t-il précisé.  Selon Mohamed Ibrahim Suleiman, le cinéma était le plus touché  par le système parce tous les hommes de cinéma ont été écartés et remerciés de leurs fonctions. «Les salles ont été fermées par les islamistes. Le cinéma a été arrêté complètement pendant cette période ainsi que les autres productions de films étrangères », a-t-il affirmé.

 

L’image, un moyen de résistance

L’image fixe ou mobile a  joué un rôle important  de monter ce qui se passait  Soudan. En fait c’est à travers les petites vidéos relayées sur les réseaux sociaux que le reste du monde avait  découvert une partie de la réalité soudanaise. La vidéo de la jeune Alaa Salah a fait le tour du monde. C’était  une manière de faire entendre la voix de toutes les femmes soudanaises.

«Auparavant, les manifestations, les violences et les crimes du système passaient inaperçus, mais, par la suite,  la caméra du mobile usée par les jeunes manifestants  a aidé de montrer ce  qui  se passe véritablement dans le pays.», a indiqué Mohamed Ibrahim Suleiman.

 

Le cinéma : un art fédérateur…

 La culture soudanaise est une culture qui est très riche par sa chanson, ses arts populaires et sa poésie qui est considérée comme voix du peuple. Mais les réalisateurs soudanais ont-ils profité davantage ?

«Malheureusement, on ne peut parler d’un  cinéma soudanais parce qu’il y en a pas. Or, il y a des expériences individuelles et des efforts qui ont été déployés en la matière. Par ailleurs, le cinéma pourrait jouer ce rôle fédérateur de toutes les ethnies et toutes les communautés soudanaises», précise le réalisateur.  Au Soudan, a-t-il ajouté, la voix de la poésie est la plus dominante. «Quant au théâtre, il vit  une dynamique, et nous espérons que les gens se battent pour ré-ouvrir les salles de cinéma, assurer une vraie infrastructure qui  poussera les gens à  créer», poursuit-il.

 

La jeunesse, l’espoir de demain…

Incontestablement, la jeune génération de réalisateurs ayant étudié au-delà des frontières soudanaises espère apporter un plus non seulement au cinéma local, mais aussi au cinéma arabe, voire international. C’est un nouveau regard projeté aussi vers l’avenir ! «Les études de cinéma sont très coûteuses.  Nous,  on a eu ce privilège d’en profiter à l’époque de  l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Aujourd’hui, la voix du cinéma soudanais sera sans doute portée par de  jeunes réalisateurs à savoir  Suhaib Gasmelbari qui a fait ses études à  Paris, Amjad Abu Alala résidant aux Emirats Arabes Unis et  Marwa Zen lauréate de l’Institut du cinéma du Caire», conclut-il.