Après l’essor le déclin

Le constat est implacable, après des années glorieuses (2008-2014), le secteur immobilier connait bel et bien une stagnation ces dernières années, l’offre persiste mais la demande n’arrive pas à suivre face à un pouvoir d’achat en inertie.

Les ventes de ciment, se sont accrues de 3% à fin novembre 2019 selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF). Du côté du financement des opérations immobilières, l’encours des crédits alloués à l’immobilier s’est renforcé de 3,3% sur la même période, alors que les crédits accordés à la promotion immobilière ont reculé de 1, 9%.

Sous la lorgnette du promoteur, la volonté est là, les possibilités sont là, le secteur produit en moyenne près de 200.000 logements par an, affirme à Lactu24 Karim Ammor, vice-président de la Fédération Nationale des Promoteurs Immobiliers (FNPI): «Depuis près de deux ans nous assistons à un tassement du marché. Nous avons constaté que le coefficient d’endettement des ménages avait atteint sa limite, le système bancaire devait adopter des mesures de prudences, le marché de la demande a ainsi commencé à se raréfier», explique-t-il.

Peut-on encore sauver la classe moyenne ?

Si la population aisée est assez gâtée de par la qualité et la diversité de l’offre, c’est au niveau de la classe moyenne que le bas blesse, avec un pouvoir d’achat modéré, ce segment de population reste tiraillé entre des biens hors de portée et une offre qui ne répond pas à son exigence, s’arrimant ainsi au logement social devant l’absence d’alternative et de choix.

«La politique de l’habitat concernant la classe moyenne au Maroc a été un échec!», affirme Karim Ammor, «Un pays se développe à travers sa classe moyenne, on n’est pas dans une production de masse pour cette population qui a besoin d’être tirer vers le haut», insiste t-il.

Devant une telle situation, il est nécessaire aujourd’hui de proposer un produit plus adapté au marché pour que ce dernier puisse suivre. «Certes les règles d’urbanisme se sont améliorer mais elles ne sont pas encore parfaite; Il est inconcevable que dans notre pays nous continuons à construire dans des normes de R+4, en consommant plus d’espaces et d’infrastructures et en l’occurrence plus d’argent», explique karim Ammor, notant qu’ il est indispensable de revoir la politique et les normes d’urbanisme de manière à ce que ce dernier soit repensé  vers un urbanisme plus efficace pour éviter le gaspillage et proposer une offre plus adéquate.

Acquisition d’un logement ou parcours du combattant

En quête d’un logement, le consommateur marocain fait face en plus de la flambé des prix du marché de  l’immobilier à bon nombre de dysfonctionnement dans le secteur, une situation qui interpelle!

Interrogé sur la question Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur, nous a affirmé que plus de 25% des plaintes reçues par la Fédération dans les différentes antennes sur le plan national, concerne l’immobilier, ceci porte aussi bien sur la qualité du bien acheté que sur la durée de livraison, le non respect des clauses de contrats, le retardement des travaux, les vices cachés dans l’immobilier, les conditions de finition ainsi que le non respect des superficies promises.

Une anarchie devant laquelle les responsables font la sourde oreille! «Malheureusement ni le ministère de l’Habitat, ni les institutions responsables ne répondent à nos requêtes. Ce secteur ne dispose d’aucun organe de contrôle et par conséquent certains promoteurs font ce qu’ils veulent des consommateurs», précise M. Kherrati, ajoutant que même en présence d’un arsenal de normes régissant le secteur, les promoteurs continuent de profiter de l’absence d’inspection et de rigueur.

VEFA : Vendre du rêve

Cette situation s’est hautement intensifier depuis la mise en œuvre de la loi qui instaure le dispositif de la vente d’immeuble en l’état futur d’achèvement (VEFA), en d’autres termes «la vente sur plan», où souvent les contrats ne sont pas respectés et le consommateur entre rêve vendu et réalité achetée,  tombe des nues, une fois qu’il récupère son logement, ou pas !

Dans ces circonstances M.Kharrati suggère en plus de la nécessité de renforcer les contrôles, la mise en place d’«agrément» pour les promoteurs immobiliers, avec des conditions d’accès et des incompatibilités afin de mettre fin à cette anarchie qui règne dans les secteurs depuis plusieurs années et dont le prix final est payé par le consommateur.

Bab Darna, l’affaire de trop !

On vous résume tout !

L’affaire remonte au 21 novembre; alors qu’il s’apprêtait à quitter le territoire national, Mohamed El Ouardi, PDG du groupe «Bab Darna» a été encerclé par une dizaine de personnes avant d’être arrêté par la Police judiciaire et présenté devant un juge d’instruction.

Les plaignants Accusent, «Bab Darna» d’escroquerie, d’abus de confiance et d’émission de chèques sans provision. Plus de 200 plaintes ont été déposées contre le groupe Immobilier, qui commercialisait des projets basés à Bouskoura, Dar Bouazza, Tamaris, Ben Slimane, Mohammedia, Berrechid, Ouarzazate, Agadir, Marrakech…etc

Les victimes ont effectués des réservations de logements dans le cadre de la vente sur plan (VEFA), ces derniers ont avancé jusqu’à la moitié de la somme des biens. Plus de 400 millions de DH sont en jeu. Ces projets n’ont jamais vu le jour!

Parmi les victimes, des avocats, des professeurs universitaires, juges et médecins, mais notamment beaucoup de marocains résidents à l’étranger (MRE). Ces projets fictifs ont en effet bénéficié d’une grande compagne publicitaire au Maroc comme à l’étranger en faisant le tour des salons SMAP IMMO…

 Depuis, une série d’interpellation a suivi, six personnes ont été arrêtées à ce jour comprenant le PDG, le directeur commercial, le comptable, un notaire et la directrice financière, ces derniers ont comparé devant le Procureur du roi avant d’être traduit devant le juge d’instruction, affirme Maître Mourad El Ajouti, avocat des victimes, précisant que les biens qui ont été saisis à ce jour ne représentent que 10% de la somme total réclamée. À se demander où est passé tout cet argent!

Qui pour appliquer la loi ?

Selon la loi 107-12 concernant la VEFA, les contrats doivent impérativement, contenir le numéro des titres fonciers et les références, le numéro du permis de construire et sa date, la loi exige par ailleurs une caution ou une assurance pour pouvoir rembourser les consommateurs en cas de non livraison des biens immobiliers, sachant que les prix avancés ne doivent pas dépasser 10% du prix du bien acheté… explique maître Al Ajouti.

Mohamed El Ouardi aurait reconnu devant la police judiciaire qu’il ne disposait pas des autorisations nécessaires à la réalisation de ces projets, chose qui ne l’a certainement pas empêché de porter le costume du promoteur et de jouer le grand jeu brisant ainsi le rêve de milliers de personnes d’acquérir un logement et d’assurer une certaine stabilité.

Devant l’absence de contrôle censé superviser ce genre de projet. Tant de pièces manquantes, et de zones d’ombres dans cette escroquerie qui dure depuis 2013.