« La pandémie a mis fin brutalement à l’immigration. Si le Grand confinement est temporaire, la pandémie pourrait accentuer le sentiment général de réticence et de rejet de l’ouverture et avoir des effets à plus long terme sur la volonté des pays d’accueillir des immigrants », indique l’institution financière internationale dans une étude des retombées économiques de ce phénomène dans laquelle elle relève que l’immigration s’accompagne en général d’une croissance économique et de productivité des pays d’accueil. En 2019, le monde comptait 270 millions d’immigrés, définis comme des personnes qui ne vivent pas dans leur pays de naissance. La population d’immigrés s’est accrue de 120 millions de personnes depuis 1990. Cependant, depuis 60 ans, la proportion d’immigrés dans la population mondiale oscille autour de 3 %, rappelle le FMI notant que la proportion d’immigrés dans la population totale est passée de 7 à 12 % dans les pays avancés, tandis qu’elle est restée d’environ 2 % dans les pays émergents et les pays en développement.

« Nous constatons que dans les pays avancés, les immigrants augmentent la production et la productivité à court et à moyen terme. Plus précisément, nous montrons qu’une augmentation de 1 point de pourcentage de l’afflux d’immigrants par rapport au total de la population active augmente la production d’environ 1 % à la cinquième année », indiquent les auteurs de cette étude. Et d’expliquer que les travailleurs natifs et les travailleurs expatriés apportent au marché du travail des compétences variées, qui se complètent et accroissent la productivité. En outre, les simulations montrent que même de légères augmentations de la productivité grâce à l’immigration ont un effet positif sur le revenu moyen des autochtones.

« Cependant, l’effet positif de l’immigration des réfugiés sur la productivité des pays émergents et des pays en développement n’est pas visible. Cela témoigne de la difficulté que ces immigrants ont à intégrer le marché du travail des pays d’accueil », relève le FMI. Dans ses projections, l’institution de Breton Woods explique que la population des pays émergents et des pays en développement (en particulier en Afrique subsaharienne) continuera d’augmenter au cours des 30 prochaines années et il est probable que les pressions migratoires vers les pays avancés s’accroîtront. Une intensification des pressions migratoires de l’Afrique et du Moyen-Orient vers l’Europe est ainsi anticipée entre 2020 et 2050. Toutefois, dans le monde, les pressions migratoires resteront globalement constantes à 3 % de la population mondiale.

D’autres pressions influeront également sur l’immigration, explique-t-on, tels les changements climatiques qui devraient entraîner une hausse de l’immigration interne et régionale dans les pays émergents et les pays en développement. L’analyse relève, par ailleurs, que l’immigration présente des avantages considérables pour les pays d’accueil, et l’occasion d’une vie meilleure pour les immigrants. Toutefois, elle pourrait également créer des difficultés sur le plan de la répartition du revenu, en causant un préjudice économique, au moins passager, aux travailleurs autochtones dans certains segments de marché. Par conséquent, la politique budgétaire et celle du marché du travail doivent être employées, selon le FMI, pour offrir un complément de revenu et une nouvelle formation aux travailleurs autochtones qui rencontrent des difficultés sur le marché du travail. L’étude juge enfin nécessaire une coordination internationale pour résoudre les problèmes liés à l’immigration des réfugiés en vue de partager les coûts liés à leur accueil et promouvoir leur intégration dans les pays émergents et les pays en développement.