Défenseur de l’État régalien, d’économies souveraines et de justice sociale, et que «Aucun modèle de développement n’est viable sans nouvelle pyramide des partages», je m’apprêtais à commencer l’écriture de mon prochain ouvrage «Inégaux, indignés vous». Il se voudra un plaidoyer de plus pour défendre les sans voix, pour instaurer des modèles alternatifs agro écologiques et plus solidaires.  Repenser le modèle d’accès à la richesse, le temps au travail, le temps avec la famille et le temps à l’école, avoir plus ou vivre mieux. Lors de ces moments songeurs et critiques des nouveaux empires économiques qui asservissent les humains et les condamnent à l’économie de la connexion. Comment être entendu?

 

S’il force la solidarité entre les pays et entre les richesses fallacieuses et les pauvretés dignes, c’est malheureusement principalement par instinct de survie et si nous soignons riches et pauvres dans les hôpitaux publics à égalité, c’est seulement parce que le coronavirus ne fait pas le tri.

Les discours comme les miens sont si abondants, nous voilà comme dans la divine comédie de Dante frappée par le Coronavirus, une épidémie venue de Chine grand empire et grand déstabilisateur de nos écosystèmes, foudroyant l’humanité pour lui rappeler son impuissance, ses fragilités et son insignifiance et pour nous redonner le sens de la beauté de la vie et du lien social.

Dans nos sociétés contemporaines, nous avons démantelé l’État. Pourtant l’État fort et solvable est nécessaire pour maintenir la cohésion sociale, assurer la redistribution de l’impôt et des richesses, de réduire les inégalités individuelles, sociales et territoriales. Un État fort qui pourrait entraver les libertés publiques lorsque le bien-être collectif et le bien commun risquent d’être déconstruits.

 

 Nous voilà comme dans la divine comédie de Dante frappée par le Coronavirus, une épidémie venue de Chine grand empire et grand déstabilisateur de nos écosystèmes, foudroyant l’humanité pour lui rappeler son impuissance, ses fragilités et son insignifiance et pour nous redonner le sens de la beauté de la vie et du lien social.

 

Devenu institution extractive, l’État inopérant et accélérateur du libéralisme, l’État «main invisible» détricoté l’éducation et la santé publiques pour promouvoir l’individualisme, l’enrichissement ostentatoire des oligarques, des rentiers du capital et des actionnaires. Autrement dit conditionner la croissance économique cardinale par la décroissance environnementale.

On aurait bien du tort de penser que cette faillite programmée de nos valeurs sociales est sans conséquence sur la dimension travail, question centrale dans le débat sur l’avenir des humains. L’urgence d’un grand retournement impose que nous ne puissions plus admettre que les uns continuent à produire à profits et les autres consomment à crédit. S’il existe aujourd’hui autant de «moins égaux» et de working poors, c’est parce que les «plus égaux» ont pu profiter de l’essor de la mondialisation et des dumpings pour délocaliser, surexploiter les matières premières et les prouesses technologiques.  Ajoutons enfin que l’échange inégal n’est que la conséquence de l’inégal développement.

 

Retrouvez le sens du temps, se déconnecter, reconnaître que grâce au coronavirus l’incertitude liée à l’avenir et une certitude, enfin admettre la suprématie du vivre mieux face au gagner plus

Venons-en maintenant à la digitalisation numérique qui engloutira les dits «bullshit jobs»,  et s’imposera comme la nouvelle révolution industrielle, impulsera davantage l’esclavagisme au travail et hors travail, renforcera le dictat des actionnaires et rendra l’exclusion  encore plus stimulante.

 

Parallèlement et au fur et à mesure que s’approfondit le gap entre l’utilité de l’État fiscal-social et l’exigence d’efficience de l’État rentable, le profit remplacera le salaire, l’actionnariat se substituera à  l’impôt et le robot déclassera la valeur travail. La puissance publique s’effondrera et la souveraineté populaire fera place à l’anarchie de la rue et au naufrage de l’État- Nation.

Le Coronavirus est né et se propage en bonne santé dans une humanité mourante et en déconstruction et tout au long de son existence, il nous forcera à être solidaires malgré nous, par peur de périr. La lutte contre le coronavirus comme la lutte contre le réchauffement climatique, la sécheresse, la pollution de l’air et les futures pandémies nécessite une gouvernance éclairée et un leadership légitime pour prendre des décisions difficiles. Des dirigeants aptes à faire ce qu’il y a de meilleur pour leurs citoyens au lieu de prendre de pires choix afin de préserver pouvoir, gagner élections et amasser les fortunes.

Le coronavirus a renforcé l’argument en faveur du retour à l’État fort. La mise en place de politiques publiques souveraines comme la fermeture des frontières et l’autonomie alimentaire requiert de la fermeté pour faire face aux pressions des groupes d’intérêt et des transfrontaliers.

On remarquera au passage que le capitalisme de l’État chinois et l’autocratisme sud-coréen ont apporté des illustrations qui dépassent la fracture démocratie/non démocratie montrant que les gouvernements compétents et la pertinence des actions publiques peuvent transcender les libertés publiques pour préserver des vies et freiner les contaminations synonymes de vies perdues.

 

Le Coronavirus est né et se propage en bonne santé dans une humanité mourante et en déconstruction et tout au long de son existence, il nous forcera à être solidaires malgré nous, par peur de périr.

 

Pendant plus de quarante ans, les défenseurs de l’ultralibéralisme et leurs alliés politiques ont réussi à dégraisser l’État et à construire des modèles économiques basés sur la compétitivité fiscale et sur la propagation de l’inégalité des revenus comme épidémie mondiale.

Le Coronavirus si minuscule s’impose comme une pandémie globale et change le cours de notre histoire, redonne du sens au temps social, au temps familial, au temps national et au temps humaniste, nous fait oublier nos héros des arts et des sports et nous réconcilie avec nos soignants, nos chercheurs, nos croyances et nous fait oublier nos guerres inutiles et nos rejets des migrants et des pauvres.

S’il force la solidarité entre les pays et entre les richesses fallacieuses et les pauvretés dignes, c’est malheureusement principalement par instinct de survie et si nous soignons riches et pauvres dans les hôpitaux publics à égalité, c’est seulement parce que le coronavirus ne fait pas le tri, et si les pauvres étaient démesurément impactées, ce serait une mauvaise nouvelle pour les riches, ils seront rattrapés.

 

Bien qu’amoindri, par un probable désastre humanitaire causé par le Coronavirus, le monde sera davantage face à un enjeu d’éthique, comment triompher face à ce virus et se préparer à de prochains défis sûrement plus dévastateurs

Le coronavirus vient rappeler clairement que nombreux sont les choix de politiques humiliants pour les pauvres, coupables aux yeux des riches d’être inférieurs  socialement et inutiles. Ce faisant, on oublia au passage que l’exclusion est une conséquence des trajectoires inégalitaires, des justices à deux poids deux mesures et des ascenseurs sociaux neutralisés à coup de réformes toxiques injectées par les partisans de l’endogamie.

Bien qu’amoindri, par un probable désastre humanitaire causé par le Coronavirus, le monde sera davantage face à un enjeu d’éthique, comment triompher face à ce virus et se préparer à de prochains défis sûrement plus dévastateurs : Construire un nouveau contrat social mondial, repenser la propriété et la richesse, repenser la justice sociale, reconstruire le droit à l’éducation, à l’apprentissage et à la santé, ralentir les délocalisations pour mieux partager le travail et l’impôt pour pouvoir être à la hauteur des besoins en infrastructures, en services publics, transférer les technologies propres vers les pays pauvres. Dans le même esprit capturer la fiscalité pour reconquérir la souveraineté diplomatique, monétaire et sociale.

Retrouvez le sens du temps, se déconnecter, reconnaître que grâce au coronavirus l’incertitude liée à l’avenir et une certitude, enfin admettre la suprématie du vivre mieux face au gagner plus.

Et peut-être, en ce moment dramatique, il n’y a pas de meilleure expression pour nous rassurer que nous pouvons tous nous sentir proches, fraternels, solidaires et courageusement responsables de signes communs et de destin universel que nous partageons tous.