Les 11 chansons de l’album, composées en anglais et en arabe, proposent un voyage musical inédit, à travers une multitude de sonorités qui concilient classicisme solennel et modernité électronique, sublimés par la voix envoûtante de Meryem.

 

La foudre tombe dès les premières secondes de « THE FRIEND », pièce d’ouverture de l’album Meryem. C’est une voix qui vous enveloppe, vous embrasse et ne vous lâche plus. Une voix neuve, pourtant déjà familière, source chaude d’un torrent de passions. De ces voix troublantes qui en imposent et qu’on n’oublie pas. À l’heure où les femmes, de Lana Del Rey à Weyes Blood, font la loi dans la pop, déploient des trésors d’inventivité, la nouvelle n’a donc rien de surprenant : Meryem Aboulouafa s’impose déjà parmi les grandes révélations de 2020.

Née à Casablanca où elle vit toujours, l’artiste a très tôt plongé dans la musique grâce à une famille dont le père, l’initie aux classiques rock, Beatles, Stones et Pink Floyd en tête, ainsi qu’aux grands de la chanson française tels Piaf, Brel et Brassens. Tandis qu’elle prend des cours de solfège et de violon au Conservatoire de musique, l’en- fant solitaire se réfugie dans l’écriture pour dompter les tempêtes dans son crâne. Ses poèmes en arabe et en français forment la première étape de son processus de jeu avec les mots.

Sans encore penser à une vie musicale, Meryem s’inscrit à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Casablanca pour des études d’architecture d’intérieur. Seule à la guitare, elle donne naissance à ses premières chansons. Ses compositions, puis des rencontres, lui ouvrent des portes et lui permettent de se familiariser avec le studio, d’accepter des instrumentations plus sophistiquées et de se produire sur scène. Quand il arrive aux oreilles de Manu Barron, patron d’Animal63, label français éclectique (The Blaze, Myth Syzer, Johan Papaconstantino, Gabriel Auguste), celui-ci est envouté par « Ya Qalbi », sublime perle dont le chant en arabe est suivi comme son ombre par des effets qui le propulsent au XXIe siècle. Meryem accepte l’aventure commune qu’il lui présente.

L’acte 2 de sa vie musicale commence en 2017. Manu Barron lui propose de ré-enregistrer certains titres avec de nouveaux collaborateurs. Elle rencontre ainsi Keren Ann, avec laquelle les échanges se révèlent fructueux. La songwriter l’aide à un tri positif dans ses idées et envies, et l’aiguille pour fluidifier ses textes. Côté production, deux noms s’attèlent à la construction ou la reconstruction de titres : Jean-Baptiste de Laubier alias Para One, connu pour son énergique techno et pour ses BO plus contemplatives, indissociables du cinéma de Céline Sciam- ma. Et Maxime Daoud, musicien, arrangeur et producteur d’une musique à la douce mélancolie sous le nom d’Ojard.

Dès la première séance de Meryem avec Ojard naît le titre « Say The Truth And Run » dont la puissance lyrique donne le tempo à l’album à venir. Une nouvelle équipe se forme autour d’elle. Tous passent neuf mois dans le stu- dio parisien de Para One pour un résultat riche de leur complémentarité, de leurs différences, aussi. « Para One apporte une dimension cinématographique qui me correspond car je visualise beaucoup mes textes et ma mu- sique » explique ainsi Meryem. « Ojard est plus dans la mélodie, l’orchestration, l’élaboration de sonorités com- plexes et harmonieuses. »

L’album Meryem leur donne grandement raison, par sa réussite à concilier classicisme solennel et mo- dernité électronique, quand les deux ne sont pas convoqués sur un même morceau, comme « Welcome Back to Me » ou « The Accident », chanson où piano et cordes majestueuses s’accommodent de rythmiques martiales. Quant aux mouvements classiques de « Say The Truth and Run », ils s’accordent brillamment de rythmes syncopés. « Je me promets » et « Deeply » jouent la sobriété d’un piano tout juste troublé par des battements électroniques tandis que « Fighting » se distingue par le groove soyeux qui l’enrobe.

Cette production hybride ne serait rien sans la voix qu’elle sert, cette voix en accord avec des textes introspectifs où Meryem se questionne, se cherche, se trouve parfois, confessant des émotions dans une société où partager ses sentiments n’est pas de mise. « À travers mes chansons, j’ai trouvé le contexte dans lequel je peux exister pleinement » analyse-t-elle.