«Rachel Moyal est une Tangéroise. Elle est née en1933. Elle a vécu toute sa vie à Tanger. Elle est juive. Elle a fait un choix courageux, c’est celui de rester ici même quand ses sœurs et frères qui étaient des banquiers avaient décidé de quitter la ville du Détroit. Elle est restée au Maroc, la terre où elle est née. Elle est restée marocaine jusqu’à son décès», nous confie Hamid Abbou, gérant de la librairie ‘’La Virgule’’ et de Virgule Éditions à Tanger.

Sous le ciel et les toits de la ville du Détroit, la feue a mené sa vie paisiblement dans son univers livresque et dans le monde des arts et de la culture.

 

«Rachel Moyal a brillé dans la fameuse librairie les Colonnes. Elle a fait un travail extraordinaire pendant presque de trois décennies. C’est grâce à elle que la librairie a survécu à toutes les mutations qu’ont connues la culture, le livre.  Elle a porté le flambeau très haut. Avec elle, la librairie les Colonnes était presque un carrefour pour les écrivains d’ici et d’ailleurs. Elle a tissé des relations avec des plumes des quatre coins du monde.», a-t-il affirmé.

Et d’ajouter : «Elle est restée à Tanger  même après sa retraite.  Elle n’a pas rompu le lien avec la culture et l’art. Son livre «La mémoire d’une Tangéroise » est un livre où  elle raconte cette vie pleine de rencontres, d’échanges».

Par ailleurs, après le départ du romancier et fils prodigue de Tanger, Lotfi Akalay, c’est une autre icône du paysage littéraire tangérois qui s’en est allée. «Reposez en paix Rachel. Il y a, à peine deux jours, vous aviez fait une belle et émouvante intervention lors de l’hommage posthume à mon père. Vous disiez regretter ne pas avoir retrouvé de photo de vous et mon père dans vos archives. En voici une que je regrette ne pas vous l’avoir communiqué avant. Une très grande et triste perte pour la ville de Tanger. », a écrit Salim Akalay, fils de Lotfi, sur sa page face book.

 

Sauver les Colonnes…

Les Colonnes étaient la demeure de Rachel où elle recevait les voix littéraires des quatre coins du continent. Ce lieu était un espace vivant, un bout de la mémoire plurielle et collective de cette ville ouverte sur le monde et les autres.

«On avait un projet commun ; celui de sauver les Colonnes. Je l’ai rencontrée par hasard autour d’un pot. Par la suite, on a décidé de faire une coordination pour sauver les Colonnes parce qu’elle était en crise», témoigne Hamid Abbou.

D’après lui, la défunte est restée une femme qui est pleine d’énergie, de vitalité.  «C’est une femme qui n’a pas cessé d’agir, d’aller vers les autres, de rencontrer les gens. Une femme qui s’est éteinte, mais avec douceur.  Elle était chiquement habillée, elle s’est allongée sur le fauteuil, puis elle a rendu son âme  dans cette position très poétique», a-t-il fait savoir.  D’ailleurs, c’était son souhait le plus profond, c’est de finir ses jours chez elle, a-t-il ajouté.